L’addiction aux jeux d’argent

Dans tout ce qui procure du plaisir à l’homme, le risque de comportement addictif n’est jamais trop loin. « Tout est poison, rien n’est poison, c’est la dose qui fait le poison . » disait Paracelse. La dépendance de certains joueurs aux jeux d’argent ou de hasard est un phénomène qui revient de plus en plus dans les débats de société. Elle se mêle souvent de questions morales, économiques et sociales, ce qui complique le débat. Qu’est-ce qui définit une addiction aux jeux d’argent ? Quelles sont ses conséquences ? Et quelles solutions pour y remédier ? Voilà un tour de la question.

Qu’est-ce qu’une addiction aux jeux d’argent ? Et à quoi la reconnaît-on ?

L’addiction aux jeux d’argent ou le jeu d’argent problématique se caractérise par une altération du comportement du joueur avec des conséquences directes ou indirectes sur son physique, son psychisme, ses relations familiales, sa vie professionnelle et sociale, etc. Celui-ci n’a plus du tout le contrôle de son comportement même en sachant pertinemment les risques qu’il encourt pour sa vie, celle qui l’attend dehors hors des moments où il joue.

Dans une telle configuration, le joueur dépendant ou joueur pathologique est pris par un besoin irrésistible de jouer au casino ou par la soif du risque : l’obsession de toujours jouer en espérant décrocher le gros lot à la prochaine mise devient son unique horizon. Ses pertes doivent être aussi immédiatement compensées. Pour arriver à ses fins, le joueur pathologique est bien capable d’annuler ou de retarder ses rendez-vous professionnels et privés sans aucune explication. La tentation de placer un nouveau pari est simplement plus forte que lui. Le joueur pathologique est celui pour qui miser sur le hasard est devenu à la fois une prison et une solution.

En cas de perte importante, ce joueur se donne souvent pour mission de regagner son argent et de s’arrêter aussitôt que la situation s’améliorera, un cercle vicieux dont il est difficile de s’extirper. L’appât du gain facile n’est pas l’unique facteur qui mène à l’addiction. L’excitation que procurent à la fois l’espoir de gagner et l’angoisse de perdre joue également un rôle important. Le joueur pathologique s’habitue donc très vite à la libération des neurotransmetteurs tels que la dopamine et la noradrénaline qui intervient à la suite d’un sentiment d’excitation. Pour bénéficier régulièrement de cette dose de stimulant, il doit alors augmenter ses mises.

Quelles addictions pour quels jeux ?

Précisons que si on présente souvent le joueur de casino comme le type même du joueur pouvant tomber dans des comportements addictifs, il est loin d’être le seul sur le devant du tableau. L’addiction change de forme au fil des modes et des époques mais aussi de l’accessibilité au produit. On a quelquefois décrié moralement les casinos, en oubliant un peu au passage qu’ils sont loin d’être les seuls à proposer des jeux d’argent propices à des conduites addictives.

On pouvait se ruiner au turf ou à l’hippodrome par le passé et on peut encore le faire même si les paris hippiques semblent attirer moins de monde. De la même façon, il est aussi facile de devenir accro aux jeux de tirage qu’on peut trouver dans tous les bureaux de tabac qu’à une table de roulette. D’une certaine manière, c’est peut-être même plus simple puisque les points de distribution sont largement plus nombreux. Le coût peut rendre la chose un peu plus invisible, il n’en reste pas moins que l’addiction nait d’abord de l’incapacité de contrôler la nature compulsive de son comportement.

Quels sont les risques liés au jeu d’argent pathologique ?

Le manque d’argent ou d’occasion de jouer entraîne chez le joueur dépendant une forme de symptomatologie de « sevrage ». Elle se manifeste généralement par des troubles du sommeil, de l’agressivité, des maux de tête, une perte d’appétit et, le plus souvent, peut déboucher sur une véritable dépression. Dans certains cas, cette période de sevrage mène à d’autres addictions telles que l’alcool, la consommation de substances psychoactives prohibées, etc.

Le jeu pathologique affecte également l’état des finances du joueur. Très souvent, ce dernier se sentira dans l’obligation d’emprunter aux organismes bancaires ou à des proches afin d’assouvir sa soif de jouer. La vente de ses biens personnels comme sa voiture ou encore son domicile sont aussi envisageables. Le jeu d’argent pathologique peut donc créer une situation susceptible d’être très néfaste pour le climat familial. Le joueur pour dissimuler ses intentions de jeu se couvre derrière des montagnes de mensonges qui finissent toujours par être révélés au grand jour. Là encore, la question des moyens économiques peut repousser largement les limites de ce qui est défini comme pathologique et c’est bien là le paradoxe.

Quelle solution pour pouvoir s’en sortir ?

Le jeu d’argent pathologique, comme pour toutes les autres addictions connues, nécessite une prise en charge rapide. Il s’agit d’un moyen efficace pour prévenir l’évolution de comportements pathologiques chez le joueur. D’après certaines études, la probabilité de guérir d’une addiction aux jeux d’argent peut aller jusqu’à 60 %. Il reste néanmoins des séquelles auxquelles le joueur devra se confronter à savoir : les dommages financiers, l’abus de substances, etc.

La première démarche à mener est de se rapprocher d’un médecin généraliste qui pourra l’orienter vers un spécialiste de ce type d’addiction. Les consultations étant gratuites et anonymes dans ces structures spécialisées, le joueur pathologique peut compter dès sa prise de contact sur un accompagnement prompt et efficace. À noter qu’en fonction de la sévérité de l’addiction, une hospitalisation est une issue à considérer.

Indicateurs

Pour donner des indicateurs de volumes, on ne peut fournir que des estimations. Certaines, basées sur l’Indice Canadien du Jeu Excessif, travaillent sur des échantillons regroupant, à la fois, les joueurs à risque modéré et les joueurs excessifs. Un client à risque n’étant pas un sujet affecté, le regroupement biaise forcément l’analyse quand on entend s’arrêter sur la dimension véritablement addictive (joueurs excessifs). Quoi qu’il en soit, selon des études conduites sur les années 2014 à 2019 et selon santepubliquefrance, cet ensemble désigné comme « joueur ayant une pratique problématique » était évalué à 4,4% en 2019. Il se trouvait en augmentation par rapport à 2014 de 0.6%. En terme de typologie de jeux concernés, les jeux de loterie, par leur nature grand public et leur diffusion massive, arrivaient en tête statistique des comportements de jeux problématiques. Les paris sportifs arrivaient en second en terme individuel (six fois plus de joueurs excessifs quand dans la loterie).

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